CHRONIQUE
Bonne année, Montréal !
Michèle Ouimet
La Presse
J'ai sorti ma liste d'épicerie pour l'année 2007. Ce que les politiciens devraient faire ou ne pas faire. Huit sujets : des petits et des grands, des sérieux et des plus frivoles. À lire avec un sourire en coin.
Avenue du Parc, prise 2
La première résolution tombe sous le sens : ne jamais renommer une rue sans consulter. Le maire Gérald Tremblay l'a appris à la dure. Lorsqu'il a changé le nom de l'avenue du Parc pour Robert-Bourassa, il a soulevé une immense tempête. Des conseillers de son parti ont grogné, la mairesse du Plateau-Mont-Royal, Helen Fotopulos, a failli pleurer et le conseiller de Saint-Laurent, Alan De Sousa, a dû être escorté par des gardiens de sécurité pour échapper aux manifestants en colère.
Après un débat-fleuve, le conseil municipal a finalement approuvé le changement de nom. Cette décision a été acheminée à la Commission de toponymie du Québec, qui a le dernier mot. Si elle renverse la décision de la Ville, le maire sera mal pris. Que fera-t-il : renommer une nouvelle rue au risque de déclencher un tollé ou laisser discrètement tomber?
Une gestapo des décorations gonflables?
Soyons sérieux et parlons des vraies affaires : les décorations de Noël gonflables. Le summum du mauvais goût. Elles sont timidement apparues à l'Halloween, puis elles se sont répandues à l'approche de Noël. Il y a de tout : de gros pères Noël avec un ventre transparent où virevolte de la fausse neige, des sapins boursouflés, des bonshommes de neige obèses. Les villes pourraient les bannir, mais nous n'en sommes pas là. Elles n'enverront tout de même pas des inspecteurs sillonner les rues pour démasquer les citoyens coupables de lèse-goût.
Reste un souhait : qu'elles disparaissent avant Pâques.
Le chalet de la montagne (soupir)
Une autre affaire laide. Décidément. Et où la Ville de Montréal traîne les pieds. Résumons. Le chalet de la montagne surplombe la Ville. La vue est magnifique. Par temps clair, les collines montérégiennes se détachent à l'horizon. Mais la sauce se gâte quand on entre dans le chalet. Des tables et des chaises bon marché sont garrochées pêle-mêle dans l'immense salle. Au fond, un casse-croûte tenu par les cols bleus vend des hot-dogs indigestes. Pourtant, trois millions de visiteurs par année se baladent sur la montagne. Ils risquent de s'imaginer que le hot-dog est le plat national des Québécois. Imaginez la honte.
Le chalet possède une cheminée. Elle ne fonctionne pas. Une aberration. Ça ne prendrait pourtant pas grand-chose pour rendre l'endroit sympathique. Des fauteuils confortables autour d'un feu et du bon café, du vrai. Pas de l'eau de vaisselle dans des gobelets en styromousse. Et un bon restaurant. Me semble que ce n'est pas compliqué, non ?
La montagne, suite et fin
La Ville devrait renoncer à l'idée de donner quatre millions aux Alouettes pour les aider à agrandir le stade Percival Molson. Un, parce que les contribuables n'ont pas à payer pour une équipe professionnelle de football, et deux, parce que le stade est niché au coeur de la montagne.
Tout le monde lorgne la montagne : les hôpitaux, les universités, l'oratoire Saint-Joseph, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, sans oublier les entrepreneurs privés qui rêvent de la tapisser de condos. Et ce n'est pas nouveau.
La montagne a toujours suscité la convoitise. En 1873, un conseiller municipal a voulu y faire de la prospection minière ; en 1922, certains jonglaient avec l'idée de construire des ascenseurs dans le roc ; et Jean Drapeau a tenté d'y ériger une tour de béton. La montagne abrite 7000 immeubles. C'est beaucoup. Et si on lui foutait la paix ?
Les lames de la Grande Bibliothèque
La première lame de verre est tombée en juillet 2005. Depuis, la Grande Bibliothèque a érigé un périmètre de sécurité qui encombre le trottoir de la rue Berri. L'hiver, c'est le bordel. Le trottoir n'est jamais déneigé parce que le passage est trop étroit pour laisser passer une chenillette. La neige durcit et se salit. Disons-le crûment : ça fait dur. Et ce n'est pas fini, misère ! La Bibliothèque négocie avec l'entrepreneur Pomerleau et un consortium d'architectes pour trouver une solution aux foutues lames de verre. Lorsqu'ils l'auront trouvée, elle devra être approuvée par le conseil d'arrondissement de Ville-Marie. Bref, Montréalais, prenez votre mal en patience.
La patente
La ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau, devrait mettre la hache dans les conseils d'agglomération, une superstructure aussi inutile qu'encombrante. Mais elle y tient, à ses conseils. Elle est bien la seule.
À Montréal, les membres de l'équipe de Gérald Tremblay font semblant d'écouter les maires des villes défusionnées. Mais comme Montréal détient l'écrasante majorité des voix au conseil, les défusionnistes parlent dans le vide.
À Longueuil, la dynamique est différente. Tout le monde, fusionnistes et défusionnistes confondus, déteste le conseil d'agglomération. Les élus passent leur temps à se chamailler. Pendant ce temps, les dépenses explosent. Elles sont passées de 382 millions en 2001 à 594 millions en 2006, un bond prodigieux de 212 millions. Et l'impôt foncier des Longueuillois augmentera, en moyenne, de 9,2 % en 2007.
Chers élus, ayez pitié des contribuables.
Pistes cyclables : et la Rive-Sud, bordel !
Compliqué, misère ! Compliqué. Le cycliste de la Rive-Sud qui travaille à Montréal et souhaite faire le trajet en vélo devra patienter une petite éternité. La piste du pont Jacques-Cartier ferme, l'hiver. Trop compliquée à déblayer. Pourquoi offrir ce service pour une poignée de maniaques ? m'a dit le relationniste de la Société des ponts fédéraux, André Girard.
Reste l'île Notre-Dame et le pont de la Concorde, qui relient Longueuil à Montréal. Mais les pistes sont fermées l'hiver. La Ville de Montréal songe à les ouvrir. Un jour, peut-être. Pour l'instant, la priorité est aux piétons, donc au déblayage des trottoirs, a dit le responsable du dossier, André Lavallée.
Est-il possible, en attendant, d'enlever la barrière qui bloque l'accès à l'île Notre-Dame ? Merci.
Transports en commun : de plus en plus cher
Une dernière résolution : cessez d'augmenter les tarifs. En cinq ans, le prix de la carte mensuelle de Montréal a bondi de 15 $. C'est énorme. À Laval, les tarifs augmenteront de 3,2 % en 2007. Les tarifs des trains de banlieue, eux, vont grimper de 3 $ à 6 $ l'an prochain. Et plus vous habitez loin, plus ça coûte cher : 207 $ par mois, par exemple, pour les gens de Saint-Jérôme qui s'achètent une carte mensuelle de transport, la TRAM. Pas donné.
Pendant que les tarifs augmentent, les services stagnent ou se détériorent. D'ailleurs, l'impact se fait sentir : l'achalandage plafonne. Pas étonnant.
Les usagers ont droit à un répit.